Non, Flash et son acolyte Action Script ne sont pas morts !

Aaah Flash… un sujet très polémique depuis toujours dans le monde du web, et encore plus depuis l’explosion des smartphones et du positionnement d’Apple sur cette techno. Entre histoire, amalgame, raccourci et ignorance… faisons le point.

1. Très rapide historique pour introduire le sujet

La genèse date de 1993 (je vous épargne les détails), mais le réel succès démarre lorsque Macromedia rachète le logiciel FutureSplash Animator et le commercialise sous le nom de Flash en 1996. Ce logiciel permet de créer des animations grâce à une interface intuitive (IDE). Quelques versions après, s’ajoute la possibilité d’exploiter un langage script [propriétaire] nommé Action Script, cousin du Java Script. La société Macromedia a conçu plusieurs logiciels de grandes qualités, dont de très connus tels que Final Cut Pro (racheté en 1998 par Apple), DreamWeaver, Fireworks ou encore Director, ColdFusion et Flex. En 2005, la société est racheté par le mastodonte Adobe, ainsi Macromedia Flash devient Adobe Flash.

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Macromedia Flash MX

2. Pourquoi Flash a connu autant de succès ?

La réponse est très simple. Fin des années 1990, début 2000, la bulle Internet explose. De plus en plus de foyers sont connectés, de plus en plus de curieux bidouillent le code et commencent à concevoir des sites Internet, les premiers professionnels du Web débarquent. Et à cette époque, les possibilités du duo HTML/CSS étaient assez limitées ! D’autant plus que la feignantise de Microsoft à faire évoluer son Internet Explorer devait freiner un peu les choses…

Face à cette rigueur et à ce manque d’évolution, Flash répondait à des besoins et ouvrait de nouvelles perspectives :

  • la possibilité de lire du contenu multimédia (audio, vidéo…)
  • d’extraire des flux de données, comme du RSS par exemple
  • de créer des interactions poussés
  • de créer des jeux très évolués en ligne
  • d’avoir des animations soignées, des effets « waouh »…
  • Etc…

Bon, bien-sûr, il y a des abus et des choses affreuses ! Comme la mode à outrance des animations d’introduction de site ou les header trop clinquants… question de goût.

Tout cela pour dire, que grâce au logiciel Flash et au plugin Flash Player, cela nous a permis d’avoir un web plus riche, plus vivant, plus interactif… dès cette époque ! Nous avons tous en mémoire, et peut-être même encore dans nos bookmarks, des sites de dingue réalisés en full-Flash. Que ce soit des portfolios, des sites évènementiels, des sites de films, des jeux en lignes… Imaginez-vous, si Flash n’avait pas existé, et qu’il aurait fallu attendre l’avénement de la standardisation de l’HTML5/CSS3, comment aurions-nous fait ? D’ailleurs, l’arrivée de ces derniers à peut-être été accélérée par la volonté de mettre Flash un peu à la porte du web.

Encore quelques arguments que je peux vous mettre sur la table :

  • il n’y a encore pas si longtemps, les players vidéos Youtube, DailyMotion & Co exploitaient Flash Player, avant de passer totalement en HTML5
  • Deezer étaient full-Flash au départ
  • FWA (à l’origine signifiait Flash Website Awards) a pendant 10 ans, soit jusqu’en décembre 2014, récompensé les meilleurs sites du World Wild Web conçus avec cette technologie.

Pour le moment, nous parlons uniquement du mariage Flash + Internet, retenez bien cela pour la suite. Car il est important de savoir, pour qu’un élement conçu en Flash (fichier .swf) soit visible sur le net, il doit passer par le plugin Flash Player. Rappelez-vous, votre navigateur préféré vous a peut-être parfois demandé d’installer (ou de mettre à jour) le plugin Flash Player afin de consulter un site Internet exploitant cette technologie.

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Wallpaper FWA par l’agence digitale Soleil Noir

3. Le début de la polémique

Assez rapidement, il y a eu des amateurs et professionnels du web, totalement contre Flash. Soit parce que ces personnes n’y connaissaient absolument rien et ne faisaient que répéter ce qu’elles avaient lu/entendu « Oué Flash c’est nul ». Ou encore parce qu’elles n’avaient jamais mis les mains dedans, ou étaient tout simplement incapables de maitriser l’animation et/ou l’Action Script. Ou sans réelle raison, si ce n’est pour ajouter une nouvelle gue-guerre éternelle comme Apple vs PC.

Après, d’autres personnes avaient des arguments un peu plus fondés mais pas totalement vrais, comme « Flash est impossible à référencer » ou « Flash, on en peut pas l’utiliser pour un site administrable ». Impossible non, difficile oui je le conçois. Il est vrai que le référencement étaient loin d’être aussi optimal que du HTML pur, mais il y avait des solutions. Idem pour un site nécessitant un back-office, c’est possible. À titre personnel, j’ai eu à mettre en place des sites full-Flash avec back-office qui exploitaient des données depuis un CMS tels que Joomla! ou WordPress. Il a même existé quelques rares CMS (dont SILEX, un made in France il me semble) pour concevoir des sites full-Flash. Et encore plus rares, des sites e-commerces… mais ceux que j’ai connu n’ont pas duré longtemps. Cependant, très généralement, à part exception très volontaire, la technologie Flash n’était pas utilisée pour des sites ayant ce type de besoins.

Donc depuis toujours, des personnes, aussi bien néophytes qu’expertes affirment avec certitude que Flash est mort  !

Le moment où les détracteurs ont commencé à avoir un argument de poids, c’est lorsque Steve Jobs a pris une position ferme concernant Flash Player pour son iPhone. Trop de failles de sécurité, trop gourmand en ressources… Flash Player était devenu la bête noire d’Apple et donc totalement banni de son navigateur sur ses devices mobiles. Des arguments justifiés, mais peut-être pas les seules raisons de ce bannissement, car cela était mélangé à des points de vue plus stratégiques et commerciaux.

4. Le déclin

La position d’Apple a été le début d’un réel impact. Cependant, pas dans l’immédiat, car des sites full-Flash ont continué à voir le jour, à proliférer sur la toile, à être de plus en plus beaux, de plus en plus poussés… de l’interaction, de la gamification, de la 3D, des UI novatrices, des expériences et expérimentations… bref, les créatifs, les développeurs, les agences, les studios, les clients en voulaient encore ! Mais surtout, il n’y avait pas d’autres alternatives stables. Donc Flash sur le Web a continué à perdurer de plusieurs années.

Ceci dit, avec l’expansion du marché des smartphones, puis ensuite l’arrivée des tablettes, ce sont deux nouveaux types d’appareils qui se sont rapidement installés dans les foyers et les entreprises, apportant Internet dans notre proche. Les sites exploitant Flash Player étaient handicapés. Alors, au fur et à mesure, la quantité de nouveaux sites en Flash réalisés chaque année a diminué, pour vraiment rester sur quelques niches.

Puis, d’autres évènements sont arrivés…

  • HTML5/CSS3 ont enfin été standardisés sur les principaux navigateurs, même le grand retardataire de toujours, à savoir Internet Explorer à suivi le mouvement (bien qu’il aura tout de même fallu attendre la v10 pour que cela devienne sérieux).
  • Adobe, voyant bien que Flash Player arrivait en fin de vie, à décider en 2013 d’arrêter de maintenir son développement pour Android.
  • La consultation d’Internet sur devices mobiles a explosé, jusqu’à dépasser la consultation depuis un desktop.

Nous pouvons dire, que 2012-2013 ont peut-être été les toutes dernières années où Flash a été utilisé pour concevoir quelques rares sites Internet à nature éphémère. Les freelances et agences digitales très orientés vers Flash ont dû s’adapter.

Cependant, la technologie a continué à perduré un peu plus longtemps au niveau des campagnes digitales ! Et oui, jusqu’à mi-2015, il y avait encore majoritairement des bannières en Flash.

Puis l’annonce de Google en Février 2015, pour informer qu’à partir du 30 juin 2016, ils n’accepteront plus les displays Flash sur Google Adwords et DoubleClick Digital Marketing à précipeter le chute ce dernier crenaux où Flash Player était encore la meilleur solution. Autant vous dire que depuis, les agences médias et régies publicitaires digitales s’activent pour faire la transition en HTML5, ce qui n’est forcément aussi simple qu’on pourrait le croire. Oh bah tient donc, ca tombe bien, Google a conçu un logiciel pour faire des bannières en HTML5. D’un côté c’est très bien, cela pousse à l’évolution de la techno HTML5, mais il y a encore des freins… c’est un autre sujet.

Depuis cette annonce, c’est l’accélération de la chute. Nous pouvons a présent affirmer que Flash Player est définitivement arriver en fin de carrière, après de très bons et loyaux services.

5. L’amalgame Flash vs Flash Player

La problématique des médias, même spécialisés, qui relaient des informations qu’à moitié, de la médiatisation du bannissement de Flash Player par Apple, des personnes qui n’y connaissent rien mais affirment des choses… tout cela créé un énormissime amalgame.

Oui, Flash Player, à savoir Flash sur Internet n’est plus pertinent ! Aujourd’hui, le trio HTML5/CSS3/JS a pris le relais. Cependant, la technologie Flash n’est pas utile que pour Internet, et est donc toujours viable. Cet amalgame est à tel point répandu et problématique, qu’Adobe a préféré de faire table rase du passé, en renommant la nouvelle version de son logiciel d’animation : Animate. Un logiciel où l’on peut toujours faire du Flash et de l’Action Script, mais la grosse nouveauté c’est que l’on peut à présent faire de l’animation pour Canvas 🙂

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Adobe Flash devient Adobe Animate

Alors, vous me direz : « Mais Flash, si c’est pas pour Internet, cela sert à quoi alors ? »
Il y a quelques années en arrière, je vous aurais répondu qu’on peut faire des applications pour CD-ROM ou DVD-ROM, mais aujourd’hui c’est largement dépassé 🙂

Quoi qu’il en soit, le principe est le même, il est possible de faire des applications Off-Line, que l’on peut lancer à partir de son ordinateur, à l’instar d’un logiciel, sauf que cela ne nécessite pas d’installation, c’est compatible Mac et PC, et qu’on peut faire des trucs très chouettes. De plus, il est utile de savoir que des applications mobiles sont réalisées en Flash, aussi bien pour Android que iOS, oui oui !!! Comme certains de vos jeux préférés.

Les possibilités sont très nombreuses, je ne vais pas tout détailler, car sinon je devrais aussi évoquer Flex ou Air. Mais par exemple, à l’agence Taurine, où je travaille, à l’aide de Flash nous réalisons des applications desktop :

  • des outils à destinations de cancérologues pour digitaliser des dossiers de patients
  • des présentations élaborées (pour des conférences par exemple) qui permettent d’avoir des animations beaucoup plus fluides, poussées et complexes que les classiques PPT
  • des « démonstrateurs virtuels » permettant de faire des présentations interactives de produits

Et bien d’autres choses.

6. Donc Flash et Action Script ne sont pas mort !

Cet article fut plus long que je ne l’imaginais au départ. J’espère surtout que l’explication est assez clair. En conclusion, oui Flash Player touche à sa fin, et il serait fou aujourd’hui de concevoir des projets destinés au Web utilisant cette technologie. Donc les anti-Flash ont enfin à moitié raison. Cependant, le logiciel Flash (renommé Animate) + Action Script ont encore de beaux jours devant eux, car jusqu’à preuve du contraire, rien n’empêche d’utiliser cette technologie pour concevoir des applications mobiles et desktop.

Allez bonne soirée, bonne nuit, je vais me coucher !

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